Premier Marathon : gestion de course de A à Z

6h20. Mon réveil sonne. J’ai dormi facilement 8h, mais j’ai une tête de zombi. Je n’ai pas faim, j’ai pas mal mangé ces derniers jours pour recharger. Je me force à avaler mon bowlcake à la banane et une galette de riz avec du miel.

6H45. Je découpe un pansement hydrocolloïdal et en mets sur la partie arrière de mes pieds, j’ai toujours des ampoules à cet endroit-là. Pour les orteils, il y a 2 endroits fréquemment sensibles, pour le reste je ne souhaite pas perturber et risquer de créer des problèmes.

Ma « tenue » est prête : un corsaire de trail Kalenji, avec plein de poches et avec lequel je cours régulièrement, mon t-shirt Adidas Runners Bir Hakeim, au cas où il y a des personnes de mon club parmi les supporters ou les coureurs, un t-shirt manches longues au cas où, un vieux sweat à jeter après le départ, des chaussettes de running, une ceinture avec du ravito (gommes boost stimium, sucre et sachet haribo : je tolère mal le solide quand je cours, et les gels n’en parlons pas).

J’ai aussi mes écouteurs à conduction osseuse aftershockz, et une boisson d’effort faite maison.

7h30. Go, pas question de se stresser encore plus en étant en retard.

8h30. Il faut que je pose mon sac, impossible de décider si je prends mon manches longues. Je décide que non.

9h00. Arrivée dans le SAS, j’ai une demi-heure à attendre, j’ai froid, je suis obligée de bouger pour me réchauffer, ça crame de l’énergie. Je bois un peu. J’ai mal à la hanche, le TFL a décidé d’être relou, ça s’annonce mal. J’espère que ça passera à chaud.

9h28. On va partir, je me décide à balancer mon sweat dans les bacs de recyclage, allume mes écouteurs et l’appli Nike Run+.

9h35 Environ. Je passe l’Arche. C’est un rêve qui se réalise, j’en ai presque les larmes aux yeux. Ca descend, les gens filent. On m’a prévenue, on commence par le bas des Champs Elysées, il ne faut surtout pas partir trop vite pour ne pas se cramer, même si ça descend.
Je me laisse doubler. Impossible de connecter le GPS sur ma montre pour avoir l’allure au poignet, au KM1 je lance juste le chrono.

On passe place de la Concorde, il fait beau, c’est magique. J’ai l’impression de ne jamais avoir vu l’obélisque de si près. Une carte postale. Je décide d’oublier le chrono, de kiffer, comme une longue balade à Paris ; j’ai tellement attendu ce moment je ne veux pas le gâcher. Place Vendôme, Opéra, Boulevard Haussmann : je connais plus que bien le quartier pour y avoir longtemps travaillé. C’est cool.

KM3 : lacet défait, ça commence tiens… Je refais le double nœud, que j’avais pourtant soigné avant le départ. Je m’arrête 20 secondes pour ça, et c’est reparti. J’essaie d’estimer mon allure en prenant le chrono de ma montre et en rajoutant 6 minutes pour le premier kilomètre. Ça semble OK, si tout se passe bien, on aura un 4h10-4h15, c’est propre. J’aurais les boules de finir à moins de 10km/h, mais on verra, déjà il faut finir.

KM6 : Génial, on a fait 1/7e de Marathon ! un peu d’ironie, mais ça va toujours. On fonce vers l’Est, ya une bonne ambiance, genre les pompiers en haut de leur échelle qui font coucou.

KM7 : 1/6e de marathon, et de nouveau le lacet défait (je vous jure que j’avais pris soin de faire des doubles nœuds)

Un peu plus loin, le ravito. Je choppe une Vittel et dilue ma boisson d’effort, dont je bois régulièrement une gorgée.

A ce moment là je commence aussi à prendre mes gommes. J’ai franchement galéré à ouvrir le paquet : j’ai les mains gelées.

KM10 : je regarde ma montre, 51 minutes, donc 57 si je rajoute les fameuses 6 minutes. Ca va, mais j’évite de me dire « il reste 32 km ». Je me concentre sur l’idée qu’on a fait presque 25% du taff et que ça va encore !

KM13 : ça devient pénible : on est à Vincennes depuis 1 moment, il n’y a plus de supporters et je m’ennuie. Je décide de jouer au petit bac comme Marine Leleu pendant la traversée de la Manche. Je trouve l’animal en N, qui l’avait pourtant bien fait galéré. J’avoue que j’ai mis facilement 2 km à le trouver. Par contre, pour Q: impossible, et j’arrête là en voyant le ravito. Je redilue ma boisson.

KM14 : Qui je vois, devant moi à droite, avec un drapeau vert dans le dos ? Le meneur d’allure 4h ! ce genre de personne que j’admire énormément de courir avec un drapeau dans le c*l, comme si sans rien c’était pas déjà difficile. Je réalise que je cours à allure sub 4h, plus vite que prévu au jour J, mais conformément à mon dossard. Pourtant ça va toujours.

KM20 : bientôt le semi, je commence à peiner dans les côtes, je me dis que si je lâche le meneur et que je vais à mon rythme c’est plus prudent. Pas que ça soit « difficile » non plus, mais je ne suis plus en « rythme de croisière » où je me balade sans effort. Il reste 22km et c’est pas le moment de se cramer.

KM21 : on a fait la moitié ! psychologiquement c’est ouf ! Grosso modo les jambes ça va, le seul problème : j’ai faim ! j’ai validé le premier semi en 2h, je me dis que je peux me permettre de ralentir. Je décide de courir purement aux sensations, comme au début, sans essayer de suivre le meneur comme je le fais depuis 7 km maintenant. Dans 1,5 km j’arrive en terre inconnue, car je n’ai jamais dépassé 22,5km à l’entraînement. Il va falloir en faire 20 de plus, je ressens un mélange d’appréhension et d’excitation.

KM22 : Rendez-vous en terre inconnue. J’ai retrouvé mon petit rythme au feeling. Ca va, j’ai dû perdre quelques secondes au km mais pas beaucoup. Dans 3 km c’est les 25.

KM23 : je commence à taper du ravito solide : banane et abricots secs sur le stand. Ça calmera ma faim.

KM25 : on passe l’arche des 25, on est bien dans Paris, c’est cool ! Ça va toujours, et dans 3 km j’ai fait les 2/3.

KM26 : environ 26, car je ne sais plus trop. Gros tunnel. J’avais déjà remarqué que certains ralentissaient sur les quais, mais là c’est flagrant, je double beaucoup de personnes et j’en vois certains marcher. Au 26è ? ce n’est pas un peu tôt pour le mur ? encore 16 bornes, une sortie du dimanche quoi… Ouille.

KM28 : je reprends un morceau de banane, et une gomme. J’espère ainsi éviter de me prendre le mur des 30, même si je me suis ravitaillée régulièrement. Ma bouteille ne me quitte pas, je la remplis régulièrement, le liquide est de plus en plus clair et moins sucré. Tant mieux : je commence à être écœurée.

KM30 : ça descend ! j’en vois beaucoup marcher, j’ai envie de dire « Hé les gars, ça descend, n’abusez pas ! » mais ce n’est pas l’hécatombe ou le retour des zombies, comme ce que j’avais pu lire sur internet. Je suis prudente, je sais qu’au 34e on va avoir une grosse montée…

KM32 : ça monte déjà côté avenue de Versailles, je fatigue, ça promet… Il en reste encore 10. Une heure. Pas le moment de lâcher ! j’ai mal aux jambes, mais j’ai déjà démarré des séances avec des courbatures, courir 10km tranquillement avec ce niveau de douleur ça va. Ce qui m’inquiète plus, c’est mon téléphone : va-t-il tenir la batterie ? Je me pose la question depuis le 1er km, et n’ose pas regarder. Sans ma playlist, je suis fichue. Au ravito suivant, je prends une tranche de pain d’épices. Dégueu, un vrai morceau de caoutchouc. Le manger et en faire la critique intérieurement m’occupe l’esprit quelques mètres.

KM34 : là c’est un peu l’hécatombe j’avoue. Tout le monde marche sur le boulevard Suchet. Je m’accroche.

KM35 : Je suis venue à bout de Suchet. Il ne reste que 7km, environ 42 minutes. Ouille. Ca commence à être vraiment dur.

KM36 : on l’avait pas déjà passé ? Ah non. Il était pas plus long que les autres le KM35 ? Ce que je ne sais pas encore c’est que ça va être de pire en pire.

KM37 : le bois de Boulogne commence à me taper sur le système. J’ai mal partout, mais allez, 5km encore, 5 petits km, la moitié d’une boucle Inter’ Adidas Runners.

KM38 : là c’est très très dur. Les km sont de plus en plus longs. Je m’efforce d’essayer de me remettre dans le mood de départ : « c’est juste une balade, détends-toi, profite, il en reste 4, ralentis si besoin, regarde les arbres, oui c’est nul mais regarde les arbres, plus que 4km et tu vas être marathonienne ! souris ! ». Ça marche un peu, mais j’ai peur de devoir marcher justement (mauvais jeu de mot). Je n’ai rien avalé depuis plusieurs km, ma fréquence cardiaque est de plus en plus haute, même si je n’ai pas mis ma montre en mode cardio, je le sais :j’ai un peu la nausée. Mais il en reste 4, c’est pas le moment de lâcher.

KM39 : encore 3. Dans 18 minutes c’est fini. Si je marche, je bousille le chrono, et le calvaire n’en sera que plus long. J’ai mal partout, j’ai la nausée, j’ai l’impression de faire du surplace, je n’arrive plus à « relancer ». Le terrain est vallonné, c’est vraiment pas le moment. Les coureurs sont moins serrés, les supporters lisent mieux les noms sur les dossards, j’entends un « Allez Galette, allez Galette » qui me fait rire. J’en avais oublié que j’avais mis mon pseudo sur mon dossard.

KM40 : je n’arrive même pas à vraiment réaliser ce que représente le chiffre sur le panneau. Encore 2.195km. 13 minutes. C’est rien, et en même temps, ça me parait long. Je fais l’inverse du départ : je me dis que j’ai déjà couru 3h50, et m’efforce de me concentrer sur ce que j’ai déjà fait pour retrouver le moral. J’aimerais accélérer, je ne peux pas. Je croise beaucoup de dossards 3h45 qui n’ont pas tenu la cadence, des gens qui s’arrêtent. J’ai envie de leur dire « non, pas à 2km de l’arrivée ! ».

KM41 : plus qu’un, et quelques mètres. Je ne vois pas l’arche, même si on arrive dans Paris. Ca me stresse, encore un km interminable. Panneau 500m, allez, 3 minutes Violette, courage ! 350m, je ne veux qu’une seule chose : que ça s’arrête. Je donne tout, enfin « j’essaie » d’accélérer même si de l’extérieur ça doit paraître ridicule.

Je franchis la ligne sous l’arche, et la 2ème arche aussi, au cas où.

Je suis marathonienne.

Je coupe l’appli, vais pour appeler mes parents, mais ils me suivaient secrètement sur Time To, et je reçois à ce moment-là mon chrono provisoire par SMS, avec leurs messages de félicitations. Le chrono final sera de 4h03. Vraiment pas loin du défi que je me suis lancée il y a un an.

Je me rends compte à quel point j’ai les jambes en feu, et surtout mon TFL, qui s’est bien ré-inflammé.

Je marche un peu, j’appelle mes parents. Je choppe des bretzels et des raisins secs sur les tables de ravito, puis retrouve le box où j’ai mon sac, je n’ai pas mis le poncho remis avec la médaille et le t-shirt finisher. J’ai froid. Je mets mon sweat, je m’assois par terre. Et je bouffe mes pop corn ^^ Ne me demandez pas pourquoi, le soir avant de me coucher j’avais envie de ça, j’en ai mis un sachet dans mon sac. Le sucré salé me fait du bien, je mange aussi une pomme, et les 2 dernières gommes Stimium.

Rentrer chez moi fut la deuxième épreuve du marathon… Gelée, épuisée, un peu déboussolée, boitant dans le métro. Mais heureuse J.

Je peux passer à l’étape suivante : la récup’! Un marathon est éprouvant pour l’organisme, et il va falloir se ménager, bien manger et bien dormir. Je n’ai pas très faim, je mise sur les protéines et des glucides simples. Je dors très mal, obligée de prendre des antidouleurs, et me réveille 4h30. Le lendemain j’ai faim, mais sincèrement bien plus envie de fruits et de noix de cajou que de taper un fast food.

Et après ? Aucune idée.

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